Le vieillissement de la population constitue aujourd’hui l’un des principaux enjeux sociétaux contemporains, tant sur les plans économique, sanitaire, social que médico-social. Il résulte de l’allongement continu de l’espérance de vie, favorisé par les progrès médicaux et l’amélioration des conditions de vie.
Cette transition démographique soulève des questions majeures de solidarité et d’organisation collective, notamment en matière de prise en charge de la dépendance et d’accompagnement des situations de grande vulnérabilité. Elle invite également à repenser les pratiques professionnelles, les politiques publiques et les modalités d’accompagnement afin de favoriser non seulement la longévité, mais surtout le maintien de l’autonomie, de la qualité de vie et de la dignité des personnes. Dans ce contexte, une réflexion collective apparaît nécessaire, à la fois sur l’évolution des dispositifs de santé et du secteur médico-social et sur la redéfinition du pacte social intergénérationnel.
Plusieurs réformes et textes législatifs ont tenté d’apporter des réponses à ces défis. Toutefois, bien que ces dispositifs constituent des avancées, ils demeurent souvent fragmentaires et peinent parfois à s’inscrire dans une stratégie globale pleinement structurée face à l’ampleur de la transition démographique. Cette question est d’autant plus centrale que près de 80 % des Français expriment le souhait de pouvoir vieillir à domicile.
Face à ces enjeux, la prévention en santé occupe une place centrale dans l’accompagnement du vieillissement. Elle ne se limite cependant plus à la seule prévention des maladies. Elle s’inscrit désormais dans une approche globale visant à anticiper les fragilités et à soutenir les capacités intrinsèques des personnes. Cette évolution s’accompagne de nouvelles approches médicales et sociales, telles que la médecine dite « 6P » — personnalisée, préventive, prédictive, participative, pertinente et pluri-professionnelle — qui place la personne au cœur de son parcours de santé et valorise sa participation aux décisions qui la concernent.
Le programme ICOPE (Integrated Care for Older People), développé par l’Organisation mondiale de la santé, illustre également cette transformation des pratiques. En proposant un suivi structuré des capacités intrinsèques, une approche intégrative du soin et la mobilisation des ressources de proximité, il contribue à promouvoir un changement de paradigme : passer du modèle de soin curatif à un modèle de soin préventif.
Toutefois, le développement de la prévention soulève également des questions éthiques fondamentales. Comment concilier la promotion de la santé et la prévention des risques avec le respect de l’autonomie et des choix de vie des personnes ? Jusqu’où anticiper les fragilités sans risquer de médicaliser excessivement le vieillissement ? Comment accompagner les personnes dans leurs vulnérabilités tout en reconnaissant leurs ressources, leurs préférences et leur pouvoir d’agir ? Une éthique de l’accompagnement des personnes vieillissantes suppose ainsi de réfléchir aux pratiques professionnelles, à la relation de soin et aux valeurs qui guident l’action collective.
Par ailleurs, toutes les personnes ne disposent pas des mêmes ressources pour accéder aux actions de prévention. L’isolement social, les difficultés de mobilité, la précarité économique, la fracture numérique ou encore certains troubles cognitifs peuvent constituer des freins importants. Certaines personnes peuvent ainsi rester éloignées des dispositifs existants ou ne pas en percevoir pleinement les enjeux. Dans ce contexte, l’entourage, et notamment les proches aidants, jouent un rôle essentiel dans le repérage des situations de fragilité et dans le soutien aux démarches de prévention.
La santé mentale constitue également un enjeu majeur dans le vieillissement. Les transitions de vie, les pertes fonctionnelles, le deuil, l’isolement ou encore les troubles cognitifs peuvent en effet fragiliser l’équilibre psychique des personnes âgées. Le développement de stratégies de prévention, de repérage précoce et de soutien au lien social apparaît ainsi nécessaire pour promouvoir un vieillissement en bonne santé.
Dans le cadre des Etats Généraux de la Bioéthique, et en partenariat avec le Département de Prévention en Santé de la faculté de médecine et sciences de la santé de Brest, l’EREB organise une journée « Prévention et santé » le 14 avril à l’ITES.
